Cette fiche est extraite de l'annexe du livre Se poser les bonnes questions (Lysiane Tendil) : pour chaque théorie — auteurs, thèse centrale, statut empirique réel, critiques, et un niveau de preuve de A (robuste) à D (pseudoscience ou très faible).
Postulat : nos obstacles au changement sont aussi cognitifs ; comprendre les biais de jugement est un levier de développement.
Fiche 8.1 — Kahneman & Tversky : les deux systèmes et les biais Niveau de preuve. A — robuste, largement répliqué Auteurs et période. Daniel Kahneman (1934-2024) et Amos Tversky (1937- 1996) ; programme « heuristiques et biais » (dès 1974) ; Système 1 / Système 2 (2011). Nobel d'économie 2002.
Thèse centrale. Le jugement repose sur deux modes : Système 1 (rapide, intuitif, biaisé) et Système 2 (lent, analytique).
Concepts opératoires. Heuristiques (disponibilité, représentativité, ancrage) ; aversion à la perte ; théorie des perspectives ; cadrage.
Statut empirique. Contrasté mais central. Les biais cœurs (ancrage, cadrage, aversion à la perte) sont bien répliqués. En revanche, plusieurs effets cités dans Thinking, Fast and Slow — notamment le priming social — ont mal résisté à la réplication ; Kahneman lui-même l'a reconnu.
Se poser la question. Cette décision vient-elle d'une intuition rapide, ou d'un examen lent que j'ai pris le temps de mener ?
Fiche 8.2 — Gerd Gigerenzer : la rationalité écologique Niveau de preuve. B — utile, à manier avec nuance Auteur. Gerd Gigerenzer. Gut Feelings (2007).
Thèse centrale. Les heuristiques ne sont pas des défauts mais des outils adaptés (« fast and frugal »), souvent plus performants en environnement incertain.
Statut empirique. Solide et stimulant ; contrepoint scientifique au programme « biais » de Kahneman.
Se poser la question. Quand mon intuition est-elle un raccourci fiable — et quand est-elle un piège qui me dispense de réfléchir ?